Premier roman de son auteur, Les loups à leur porte a obtenu le prix Polars en Séries 2016.

Dans le Kansas des années 1970, Daryl, fils incendiaire, regarde sa maison, où ses parents dorment, en proie aux flammes. Duane, jeune adulte, vient en aide à Josh, enfant battu par sa mère. Mary Beth mène une vie de serveuse dans l’Indiana, éloignée de son fils Scott. Claire retrouve la maison de son enfance, Manderley, près d’Annecy. Walter, homme d’affaires véreux, recherche son ancienne compagne.

Résumé ainsi, le texte de Jérémy Fel semble être une juxtaposition d’histoires où apparaissent une multitude de personnages. Pourtant, il s’agit bel et bien d’un roman dans lequel tout fait sens.

Chacun des treize chapitres porte le nom d’un personnage, les parties Mary Beth I et II mettant en exergue ce personnage central. Chaque chapitre peut s’apparenter à une nouvelle à part entière, tant les éléments du récit qui le composent sont foisonnants, et centrés autour de prédateurs, ces loups… Ainsi le lecteur croise des personnages, en découvre d’autres puis retrouve les premiers. Chaque histoire, singulière, peut ainsi être appréciée en soi mais c’est au sein du roman qu’elle prend toute son aura.

Ce texte nous propose de revisiter Le Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault. Les personnages côtoient différents dangers, des filiations apparaissent et les loups émergent tels des créatures polymorphes. Comme dans le conte de Perrault, les loups possèdent de grandes dents, et c’est pour mieux manger les enfants. Mais loin du lecteur l’idée d’adopter un point de vue manichéen quant au statut des personnages comme dans les contes d’antan. Si les loups laissent parfois paraître des traits humains, les proies supposées peuvent laisser place à des créatures voraces.

Les loups à leur porte, est le récit de l’horreur. Les maisons ne font pas figure de sanctuaires, ces lieux clos protecteurs, mais sont ici malmenées. Elles sont tantôt brûlées, pénétrées par des forces obscures ou synonymes de claustration. Les seuils sont franchis et laissent place aux séquestrations, aux viols et aux meurtres. Les portes tombent et ce qui doit arriver arrive que l’on soit dans une maison au fond du Kansas, dans un manoir en France ou dans un appartement en centre-ville.

Le roman de Jérémy Fel témoigne d’une architextualité, empruntant tour à tour les codes de la nouvelle, du conte et du roman d’horreur. Il puise le meilleur dans chacun des genres en question pour offrir au lecteur un récit sombre, haletant et savamment ficelé. Comme dans la nouvelle, l’écriture est finement ciselée. Comme dans le conte, les personnages traversent des péripéties. Et comme dans le roman d’horreur, le monstre n’est jamais très loin. Car s’il prend au lecteur l’idée de tirer sur la chevillette, la bobinette cherra. Et alors, les loups !

Les loups à leur porte, Jérémy Fel

Editions Payot & Rivages, Paris 2015 ; 2016 pour l’édition de poche.

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Catégories : Lectures & Cultures

2 commentaires

Dugachard · 7 novembre 2017 à 10:04

Ça donne envie de lire ! Merci

Jean-Noël · 7 novembre 2017 à 10:43

Merci Laurentine !

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